9 CHIENS EN ENFER

 

Jeudi 17 septembre 2015, un peu tard le soir, le téléphone sonne… Une personne me parle de chiens vivant dans des conditions sordides, qu’elle me détaille et dont les propriétaires veulent se débarrasser. Cette personne, qui est une voisine de ces gens-là, a prétexté avoir des amis pour les prendre. Elle a appelé plusieurs Associations avant L’Homme et son Chien mais n’a pas trouvé d’écho à sa demande... Je suis sidérée par ce que j’entends et, aussitôt, je lui dis que c’est d’accord pour y aller le samedi. Cela fait donc une semaine aujourd’hui.

Samedi 19 septembre, il fait beau, nous sommes tendues, mon amie Hélène et moi. Nous n’échangeons pas un mot alors que nous pénétrons en camionnette dans la cour de cette ferme. Nous sommes concentrées. Nous essayons de nous préparer mentalement à ce que nous allons découvrir sans broncher, taisant notre révolte, pour pouvoir sortir les 8 chiens prévus.

Je ne peux rien dire, de la localisation, du lieu, des personnes.

Je vais seulement parler des chiens qui ne sont pas des chiens, qui ne sont que des ombres… ils sont reclus, sans eau ni nourriture, vivant dans des conditions inimaginables, ce sont des ombres, sans nom et sans avenir.

 

Dès l’entrée, deux petits chiens vivent enfermés dans un clapier à lapins, le côté droit uniquement, entassés, pratiquement sans lumière, les barreaux plats et rouillés et l’emplacement face au Nord les privant des doux rayons du soleil, sans eau et sans nourriture. Nous posons la question. Ils ne mangent que du pain et, très occasionnellement, on leur donne du lait, car il y a des vaches…. Ils sont brutalement saisis par le cou dès l’ouverture de la grille et presque jetés dans une des caisses de transport installées dans notre camionnette. J’ai à peine le temps de les apercevoir... Tout va très vite. Je sais qu’ils sont noirs, apeurés et… beaux… ils me jettent des regards terrifiés derrière la grille de leur caisse de transport dans laquelle ils se serrent au fond, blottis l’un contre l’autre… j’ai le cœur serré… ce n’est que le début…

 

 

 

 

 

 

 

La femme arrive alors avec une toute petite chienne qui était enchaînée dans un coin. On dirait un petit lévrier, petite chose toute fragile, toute tremblante, toute fine, en panique totale. Cette petite beauté trône à présent dans la petite cage en métal placée sur la grande caisse de transport au fond de la camionnette. Elle va assister à toute la scène du chargement, paralysée par la peur, ne comprenant rien, bien sûr, à tout ce qui se passe.

 

Nous nous dirigeons à présent vers une caisse en palettes recouverte de morceaux de tôles… je n’ose imaginer qu’il y ait des chiens là dedans… Pourtant, si ! La fille de la femme commence à retirer les différents morceaux de tôles, laborieusement, je comprends alors que cette caisse ne doit pas être ouverte souvent... Tout à coup, je découvre un petit chien blanc et noir blotti dans un angle, totalement ébloui et apeuré et, aussitôt, je pense à ces photos de chiens de laboratoires que l’on voit régulièrement dans les sujets traitant de vivisection…

Ce petit chien vit dans une obscurité presque totale… à ses côtés, un tas de merde au milieu de la paille souillée. Il n’a que ça à se mettre sous la dent et c’est ce qu’il fait : il mange sa merde et sa paille. C’est ce qu’il vomira pendant le transport, ne laissant aucun doute sur ce qui 

 constitue ses principaux « repas »… Ce petit chien est, à son tour, saisi sans aucun ménagement et emmené vers notre camionnette. Il tremble de tout son corps dans sa cage en grilles, il se blottit dans l’angle comme il l’était dans sa caisse… il bave… il tremble… il est terrifié… il ne se doute pas que c’est la délivrance…

Dans un autre endroit de la ferme, au milieu d’un capharnaüm de planches, de ferraille, d’outils agricoles et autres machines, une caisse de transport… plutôt moderne celle-là… elle contient une petite chienne blanche et noire, sûrement la sœur du petit chien du cercueil, c’est comme ça que j’ai baptisé la caisse en bois. Contrairement à tous les autres, cette petite chienne n’est pas maigre, ni très maigre comme les autres… j’ai ma petite idée là-dessus mais je me tais, surtout, je me tais. Elle est aussitôt chargée dans le camion, vite, vite, vite, comme les premiers à y avoir pris place.

Un autre chien noir est amené brutalement, tellement brutalement que lorsqu’Hélène veut le prendre pour le mettre dans la caisse de transport, il se retourne vivement, en panique totale. On ne sait même pas d’où ils l’ont sorti… en tous cas, comme pour les autres, cela s’est fait sans ménagement ! Ils n’ont pas de nom, mais celui-ci, c’est soi-disant « le coriace »…

Deux autres chiens noirs sont enchaînés sous un camion ou une remorque, les chaînes sont très courtes bien sûr et à même le cou. Ils sont terrifiés et s’accrochent littéralement l’un à l’autre…

C’est Hélène qui s’en occupe. Je suis restée dans la camionnette. J’ai peur qu’ils changent d’avis et qu’ils redescendent tout le monde. Je veille.

Ces deux chiens noirs sont plus hauts sur pattes et très maigres. Ils sont totalement affolés ne sachant pas quel sort nous leur réservons. S’ils savaient ! Leurs yeux sont immenses. Ils ne comprennent pas ce qui se passe. On les a détachés. Ca n’arrive jamais.

Ca y est, nous étions venus chercher 8 chiens, le compte y est quand, soudain, l’homme arrive avec un chien gris, en nous disant que nous pouvons l’emmener lui aussi. La femme n’est pas d’accord ! 8 c’est 8, ce n’est pas 9 ! Hélène l’arrache littéralement des bras de cet homme et se hâte de le mettre dans la cage au fond de la camionnette, de crainte qu’il ne change d’avis. Le chien gris bave, bave, et rebave, il a tellement peur que sa queue s’est fondue dans son corps. Il est replié sur lui-même ne formant plus qu’une petite boule, lui qui est si maigre quand il est déplié, il est blotti dans l’angle de sa cage.On pourrait en mettre cent comme lui tellement il ne tient pas de place.

 La femme vocifère qu’il n’était pas prévu, elle gueule, elle s’agite, fait de grands gestes et, tout d’un coup, il n’est plus question du chien mais… du collier ! Le vieux collier pourri qu’il a autour du cou, elle veut le récupérer, elle veut absolument le récupérer !!! Il a plus de valeur que le chien, qui lui n’en a aucune. L’homme, sur ordre de la femme, se jette dans la camionnette et récupère brutalement ce si précieux trésor…

IIIl est grand temps de partir, j’ai fait une réflexion et le ton est monté, je suis hyper tendue, la rage au ventre, obligée de me taire pour emporter loin, très loin, mon trésor à moi, à Hélène et moi : nos 9 petits rescapés de l’enfer, qui sont derrière nos sièges, terrifiés.

J’ai pris soin de verrouiller les portes.

Nous filons.

Eux sont encore dans l’obscurité derrière, mais nous allons vers la lumière, celle de la liberté, celle de l’amour, celle de la vie !

 

Comme je vous le disais au début, je ne peux rien révéler, de la localisation, du lieu, des personnes. On a coutume de dire : toutes les belles histoires ont une fin, je rajouterai : toutes les histoires sordides ont une suite…

LES RESCAPES

DES NOUVELLES :

 

Tous ces loulous sont maintenant adoptés et heureux... !!!!

 

 

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